"Lire, c'est voyager. Voyager, c'est lire."
(Victor Hugo)
Les fables contemporaines sont des histoires écrites pour être ressenties autant que lues.
Derrière leur apparente simplicité, elles laissent une place aux symboles, aux émotions et aux résonances propres à chacun.
La lecture ouvre un espace de respiration où les mots peuvent parfois éclairer ce que le raisonnement, à lui seul, ne parvient pas à nommer.
Laissez cette histoire trouver doucement son chemin en vous... ¤ Bonne lecture ¤
La Petite Pervenche
Dans un jardin qu'il aimait profondément, un jardinier prenait soin de chaque plante avec une infinie attention.
Pourtant, depuis quelque temps, une légère tristesse l'accompagnait lorsqu'il parcourait les allées.
Le grand chêne semblait porter un poids invisible dans ses branches.
Le forsythia fleurissait sans éclat.
Même les roses paraissaient retenir une partie de leur lumière.
Le jardinier ne comprenait pas.
Rien ne leur manquait.
Ni l'eau.
Ni le soleil.
Ni les soins.
Et pourtant, quelque chose semblait les empêcher de s'épanouir pleinement.
La vérité était que chacun passait son temps à regarder ailleurs.
Le chêne enviait les oiseaux.
Ils parcouraient le monde, traversaient les saisons et disparaissaient parfois derrière l'horizon.
Le forsythia admirait le chêne.
Les oiseaux y bâtissaient leurs nids, les écureuils y trouvaient refuge et les hommes venaient chercher son ombre.
Les roses, quant à elles, enviaient les fleurs sauvages qui poussaient librement au-delà des murs du jardin.
Seule une petite pervenche continuait de fleurir paisiblement.
Un matin, les autres végétaux lui demandèrent son secret.
La petite fleur réfléchit quelques instants.
Puis elle répondit doucement :
- Parmi toutes les fleurs qu'il aurait pu planter ici, le jardinier a choisi une pervenche.
Ses pétales mauves frémirent dans la rosée du matin.
- Alors moi, j'ai à cœur, chaque jour, de lui offrir le plus beau violet dont je suis capable.
Les mots de la petite pervenche prirent racine dans le jardin.
Le chêne redécouvrit la profondeur de son vert.
Le forsythia s'émerveilla de l'or qui dansait dans ses fleurs.
Les roses laissèrent leur parfum retrouver le vent.
Et chacun se souvint peu à peu de la couleur qu'il était venu offrir au monde.
Alors les nuances oubliées se remirent à danser dans la lumière.
Et le jardin recommença à rêver en couleurs.